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Les retrouvailles inattendues



photo : Sculpture de M-F P.


Elle sent la glaise, elle sent l'épaisseur

le trop plein de l'amour inexprimé


Pour en finir avec l’imprégnation de l’esprit des montagnes dans mes voyages de l’âme, je me dois d’évoquer un souvenir étrange et révélateur. J’avais environ trois quatre ans lorsque je passais quelques mois à Ornon en Oisans, petit village de la vallée de la Lignarre. Mon oncle y était jeune curé et mes grands parents maternels vivaient avec lui, ainsi que mon arrière grand-mère, qui m’appelait Claire de lune.

Je me souviens d’une avalanche qui s’était arrêtée juste derrière la cure. Je me vois la regarder sur la pointe des pieds, en compagnie d’un oncle, par une fenêtre au premier étage, en haut des escaliers qui montaient aux chambres. Il y avait eu un énorme bruit et puis un grand silence. Le lendemain nous étions allés nous promener sur l’avalanche.

Il y avait aussi la Lignarre, froide. On y ramassait de la terre glaise fine et grise… La transhumance des troupeaux passait par le village à la fin du printemps, je les vois encore prendre le virage et disparaître… je crois que c’était un monde enchanté.

Quelques trente années plus tard, dans l’échoppe de l’écrivain public à Valence, un soir d’atelier écriture j’ai écrit le poème qui suit que j’ai dédicacé à Elsa parce que sa voix rocailleuse m’avait transportée dans ce village de montagne à Ornon. (Elle allait devenir une très grande amie, je venais juste de faire sa connaissance, et je ne savais encore rien d’elle).

Pour ELSA


Une grande diseuse assise à mes côtés

d'une voix rocailleuse raconte l'eau qui filtre entre les rochers

elle sent la glaise !


La voix ajoute :

les doigts qui malaxent la terre sont plus tendres

que les doigts des mains qui caressent.


Elle me dit que j'aime quand je crois haïr.

Elle dit que la forme est belle, naissante

ajoute encore :

mais le fond se cache le plus souvent.


Elle raconte de sa voix rocailleuse

la source qui s'impatiente à gonfler sous la terre.


Elle sent la glaise, elle sent l'épaisseur

le trop plein de l'amour inexprimé


La statue des beaux jours qui sèche au soleil


Valence.

Le lendemain je lui téléphone et je lui explique pourquoi je lui ai dédicacé ce poème, je fus couverte de frissons quand elle me dit :

- mais c’est le pays de mon enfance !

Nos paysages intérieurs sont si bien installés en nous qu’ils sont reconnaissables parfois dans notre voix.

Bien sûr cet événement ne prouve rien. Mais n’avons-nous pas des pays dont nous entrons très facilement en contact avec la culture, sans jamais y avoir jamais vécu ?

Notre âme se balade le plus souvent à notre insu dans un monde dont la géographie se décrit dans nos rêves, nos souvenirs et nos projections…

Beaucoup de mes rêves se déroulent dans des paysages de montagne, c’est un lieu très chargé, au symbolisme multiple, toujours d’après le dictionnaire cité précédemment. Du simple fait de sa hauteur, elle est un symbole de transcendance, point de rencontre du ciel et de la terre. Beaucoup de peuples, de pays ont leur montagne sacrée. Les montagnes peuvent être les Demeures de l’âme, ou le Château intérieur (nous retrouvons la thématique du château (l’article dans ce livre comporte huit colonnes !).

Dans un de mes rêves assez récents, j’ai rêvé d’un étrange mariage au pied d’une montagne en Suisse. « Des amis entouraient le couple. Ils étaient témoins de la promesse échangée. La foule présente se tenait éloignée, le mariage était un mariage secret… »

La montagne dans ce rêve est située en Suisse, pays de Jung, et dans ce contexte donne une indication pour la méditation sur ce rêve qui peut être l’indication d’un mariage alchimique, l’unité prometteuse du masculin et du féminin, le mariage est intérieur à soi-même, les amis du cercle représentant toutes nos énergies, c’est pour cela qu’il est secret. »

Le rêve est un enseignement de l’âme, un pèlerinage aux sources, dans sa géographie patiemment élaborée au fil des années d’une vie. Il y aura jusqu’à sa fin, sans doute, une prairie à découvrir au détour d’un col, une ville inconnue se révélant au fond d’une descente dans un puits, une forêt inconnue à explorer.



La forêt sanctuaire ou le symbole de l’inconscient



photo : Forêt et jeu d'ombres et lumières

Mais dans ce sanctuaire

nous pouvons aussi errer sans pouvoir trouver

notre nourriture.

Un lieu qui revient dans les rêves, c’est le lieu de la forêt.

Nous avons tous en nous une forêt de Brocéliande, sanctuaire naturel pour notre relation au sacré. Mais dans ce sanctuaire, nous pouvons aussi errer sans pouvoir trouver notre nourriture. Ce rêve je l’ai fait dans les années quatre-vingt dix, il m’a conduit à entrer en contact avec Etienne Perrot et la Fontaine de Pierre.

« Des gens assez nombreux erraient dans des collines recouvertes par une épaisse forêt. Ils avaient faim et je ne pouvais rien pour eux, j’étais moi-même en errance. Soudain je suis happée dans un trou d’homme, je descends à la verticale, serrée par les parois, je ne suis pas vraiment inquiète mais la descente me paraît très longue. Lorsque je peux enfin reposer mes pieds sur le sol, je suis dans une salle assez vaste, ronde, une lumière douce la baigne, des peintures murales représentent la mer, l’océan. En regardant de plus près, je m’aperçois que la peinture est vivante, les flots vont et viennent sur le mur, ce n’est pas un vitrage, mais bien la mer, contenue. »

Il s’agit bien ici d’une forêt symbolisant l’inconscient riche de promesses de nourriture (la mer berceau de la vie, poissonneuse à souhait) à condition de descendre profondément en soi, l’invitation du rêve est se veut rassurante : c’est un saut dans l’inconnu, avec un atterrissage en douceur !

Les rêves que nous produisons et dont nous nous souvenons nous ménagent. Si se confronter avec son inconscient est parfois périlleux, nous devons faire confiance à notre maître intérieur ainsi qu’à l’accompagnateur. Nos rêves nous mettent sur notre chemin, seulement lorsque nous sommes prêts à voir et à entendre ce qu’ils ont à nous dire. Le temps est toujours nécessaire pour la prise de conscience et l’intégration de nos ombres dans notre ETRE.

La vision dans la forêt



photo : plan général Ardèche vers chez P.

En évoquant cette terre volcanique, je me souviens plus ou moins précisément de plusieurs rêves situés dans des paysages familiers, en Ardèche, ou ailleurs.

Quelques mois avant de débuter l’approfondissement de mes rêves avec un fontainier (nom souriant donné aux interprètes de rêves, allusion à La Fontaine de Pierre…), j’ai eu cette vision étrange dont j’ai d’abord cru dans un premier temps que c’était une rencontre objective, en voici le récit :

En avril 93, je faisais une cure à Vals. Nous devions tous les jours aller boire un verre d’eau au pavillon des sources. Nous prenions souvent un raccourci qui longeait un forêt, derrière l’hôpital.

Un jour, revenant seule du pavillon des sources, j’ai été attirée par quelque chose sur ma gauche dans le bois. Un homme assez grand se tenait au-dessus de moi, sur une sorte de plate forme où la forêt était moins dense. Son visage était celui d’un asiatique avec des cheveux très noirs, coiffés un peu à la Bruce Lee. Il était, en apparence du moins, nu jusqu’à la taille, les jambes légèrement écartées, les mains posées à plat sur son sexe. Il semblait vêtu d’un blouson bleu marine. Ce qui m’a frappé c’est le rose saumon de ces jambes, une fraction de seconde j’ai même pensé qu’il était en collant.

J’étais bouleversée, inquiète et j’ai raconté ma petite histoire aux uns et aux autres, persuadée qu’il y avait un exhibitionniste dans la forêt. J’évitais le chemin et passais par la ville pour me rendre à la source… Après quelques jours de perplexité, d’appréhension, je me suis mise à douter : le rose était trop rose ; l’homme, trop grand par rapport à la perspective, était trop immobile, dans une pose très solennelle. J’ai repris le chemin, voulant en avoir le cœur net. Je n’ai pas pu retrouver l’endroit de la plate-forme où il était censé se tenir. La forêt ne présentait aucune éclaircie dans sa végétation, et le terrain était assez pentu. Plus je repensais à cet événement, plus j’étais persuadée d’avoir eu une vision, qui pouvait s’approcher, grandeur nature, d’une lame des arcanes majeurs du Tarot de Marseille.

Lorsque j’ai décrit cette vision à mon fontainier, il évoqua la figure hiératique d’un sage oriental. Cette figure traduisait aussi une coupure entre le spirituel et le terrestre (sexe caché), peut-être ce que j’avais à mettre à jour dans mon être.

Dans cette forêt qui se nourrit d’énergie volcanique encore active (il y a un geyser qui surgit à heures régulières, dans le parc de la ville) j’ai reçu le premier des arcanes majeurs de mon tarot intérieur, un bateleur sans établi, sans outils. Le rose saumon des jambes indique la vie, la chair, la revitalisation… Vals, avec ses eaux volcaniques, doit être un lieu très chargé ; sa forêt est-elle habitée par des esprits ?

Le nom de cette ville Vals me fait penser au dernier livre de Jodorowsky : « La danse de la réalité » Espaces Libres Albin Michel. Ici, j’ai été invitée à entrer dans « ma valse », sortir d’une réalité objective (mes problèmes en tout genre) pour rentrer dans une réalité subjective, conduire un véritable voyage intérieur dans les territoires de mon âme.

Ai-je été réceptive à quelque chose à l’intérieur ou à l’extérieur de moi (je n’ai aucune certitude à ce sujet) ? Cette vision, hors rêve, est le produit d’une réalité subjective mais palpable !

En évoquant cette terre volcanique, je me souviens plus ou moins précisément de plusieurs rêves situés dans des paysages familiers, en Ardèche, ou ailleurs.

« J’avance sur un chemin dont le sol crevassé laisse apparaître une lave rougeoyante s’écoulant à fleur de terre. » « D’autre fois le chemin est normal mais ce sont ses abords qui laissent paraître le feu sous la terre. » Selon les rêves je m’inquiète du risque d’explosion volcanique, ou au contraire, je sens cette formidable énergie transformatrice…

Par rocheclaire - Publié dans : journal presque intime - Communauté : La poésie, votre ressenti!
Vendredi 14 novembre 2008

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Texte Libre


DOUCE ET TENDRE AMITIE

liante et reliante
dans cette horizontalité de mots
 - reconnaissance -
savoir que nous sommes de la même essence
du même esprit de la même conduite.

VERTICAL AMOUR
qui me redresse vers les cimes
dans cette relation d'instant absolu
qui m'invite pour le grand voyage
d'accomplissement
au delà de moi-même
à ne plus avoir de référence que Lui
être Un dans le retour



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Profil

  • : rocheclaire
  • le-cairn-de-claire
  • : Femme
  • : 13/03/1946
  • : curieuse poète zen vivante conteuse
  • : après une vie active très remplie, tant avec la vie professionnelle, associative et familiale, je retrouve du temps à consacrer à mes rêves d'adolescente, l'écriture, la poésie, la peinture, auxquelles s'ajoute la photo, modestement,

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