Le désert et l’aridité
photo : l'arbre qui crie, plateau ardéchois
J’ai eu mal pour la terre asséchée,
pour les pauvres vaches
qui broutaient des mottes d’herbes rases et jaunies
Célébrer l’eau amène l’évocation immédiate, en contrepoint, du désert, de l’aridité. Je me revendique Fille des
marais ; le désert, l’aridité m’angoissent presque instantanément. Il faudrait que je relise tous mes rêves pour le confirmer, mais je ne me souviens pas de rêve dans le désert… Un,
peut-être ! avec l’image finale :
« un cavalier s’éloigne à cheval en direction du désert, vêtu à la manière arabe. Il se retourne me regarde longuement et semble me dire :
- maintenant, tu traces ta route toute seule !
Je crois comprendre qu’il est mon maître spirituel. »
Je ne sais plus à quel moment de ma vie j’ai fait ce rêve, il y a cinq ou dix ans peut-être…
Lorsque je suis arrivée à Privas avec ma famille, nous venions de Haute-Savoie, Thônes pour être exacte ! J’avais l’habitude de voir des vaches paissant dans des prés à l’herbe drue et fournie d’un vert intense.
Nous sommes arrivés en Ardèche fin juillet, les prés, tapis usés, délavés n’avaient rien de commun avec les prairies de mon enfance ou celles que je venais de quitter.
J’ai eu mal pour la terre asséchée, pour les pauvres vaches qui broutaient des mottes d’herbes rases et jaunies à fleur de terre. Elles produisaient trois fois moins de lait que les vaches savoyardes.
Bien sûr toute l’Ardèche ne ressemble pas à cette description. Vers Annonay, Vernoux, il y a plus de verdure, d’humidité… Mais l’Ardèche que j’ai intériorisée est une Ardèche désolée, aux couleurs délavées… Il faut que je prenne de la hauteur vers Lachamp Raphaël pour que je redécouvre ses horizons incroyables, ces successions de plans. A un moment même sur cette route du plateau, le regard se perd tellement loin qu’il semble saisir la courbure de la terre…
Il peut y avoir un aspect ZEN dans ce territoire qui me tient à distance… Même si j’ai pu avoir quelque envie à Veyrins de faire un jardin zen dans un coin de la cour, ma volonté n’a pas suivi : il y a trop de sagesse, pas assez d’exubérance végétale non contrôlable… Je me sens plus à l’aise dans une démarche taoïste.
Les villes
photo : carrefour Lattes fontaine
La ville c’est le centre
où se dirigent toutes les énergies.
Dans ces territoires rêvés ou intériorisés, il y a les villages, les villes. Dans mes rêves, quatre villes reviennent assez régulièrement : Grenoble, Lyon, St Etienne et Paris… La ville c’est le centre où se dirigent toutes les énergies. Elle peut être une représentation de soi-même.
Dans toute la durée de ma vie (soixante trois ans bientôt) j’ai vécu six ans en ville, trois à Grenoble, trois à Béziers. Je pense que ce fait n’est pas indifférent à l'élaboration de mes paysages intérieurs.
Grenoble est une ville que j’aime, je l’ai fréquentée depuis mon enfance pour y retrouver de la famille. Ensuite adolescente, j’ai été pensionnaire dans sa proche banlieue. Mais ce qui m’attire dans cette ville c’est sa situation au milieu des montagnes ! L’eau y est abondante, par le Drac, l’Isère ... En langage des oiseaux, on peut entendre Grain noble ! Il me semble que lorsque je rêvais de Grenoble, au début de mon travail sur les rêves, j’avais de gros problèmes de circulation, c’était une ville en chantier (je voyais mon fontainier de l’époque à Uriage d’abord et ensuite dans cette ville). Je venais chercher le grain noble, et tout était à organiser, réorganiser.
Lyon m’évoque pratiquement instantanément Cœur de Lion, bien que ce soit une ville pour laquelle je n’ai pas de réelles sympathies... En langage des oiseaux j’entends aussi lions (au sens de lier). Je me souviens d’un rêve dans cette ville : on venait me chercher pour dire la messe à la place de mon oncle curé qui venait de mourir, j’avais beau dire que j’étais une femme, on insistait…
St Etienne est une ville que je connais un peu pour y avoir suivi une formation de travailleuse familiale. Ces dernières années, je l’ai traversée soit pour aller au Puy-en-Velay, soit pour aller sur Clermont-Ferrand, traversée par l’autoroute ce qui n’est pas forcément l’approche la plus aimable… Ce n’est pas non plus une ville qui m’inspire…
Mais je ne peux m’empêcher d’entendre « ceint et tienne ». Cela fait surgir en moi les flanelles larges dont mon grand-père s’entouraient les reins, en large ceinture. Il fallait qu’il tienne vaille que vaille… Blessé à la guerre de 14-18, il marchait plié presque à quatre-vingt-dix degrés. Pour se tenir dressé il devait s’appuyer sur une canne, sans jamais arriver totalement à la station verticale.
Un rêve m’a conduite à St Etienne, « je partais de Lyon en train pour accueillir ma mère à la gare de St Etienne. En fait elle était déjà arrivée et c’est elle qui m’a accueillie. »
Etienne, c’est aussi Etienne Perrot, à l’origine de la Fontaine de Pierre… Il a permis l’approche et la connaissance de la voie alchimique de Jung, ainsi que sa pratique, possible à partir de l’interprétation des rêves.
« Le cœur me conduit à Etienne pour accueillir Mère Alchimie, mais c’est Mère Alchimie qui m’attend et m’accueille ».
Quant à Paris, c’est la capitale, le centre du Centre, si je peux dire, le pari de vivre… Je n’ai pas vraiment, sans me replonger dans mes cahiers, la mémoire spontanée de rêves se tenant à Paris, mais je sais que j’en ai eu.
Il faut que je rajoute à ces quatre villes, Béziers si proche de mon lieu de vie.
Effectivement cette ville, par son nom Béziers (baiser) et la légende attachée à son nom, est une ville d'amour. Elle avait la réputation d'être la petite Capoue du Languedoc tellement les mœurs de ses habitants étaient délétères ! L'épiscopat envoya un moine, du nom d'Aphrodise !, pour y prêcher la bonne parole et surtout les bonnes mœurs. Mais il fût arrête et décapité. Mais il prit sa tête dans ses mains et traversa toute la ville ! Et il a été sanctifié sous le nom de St Aphrodise.
En écrivant cette randonnée, je m’aperçois que certains rêves sont en moi présents, comme les photos d’un album témoignent d’une vie. Je n'ai aucun effort à faire pour les faire revenir. Ici c’est le témoignage d’une vie de l’âme.
C’est mon récent séjour à Béziers qui m’a fait comprendre l’humanité d’une ville, peut-être parce qu’elle n’est pas encore rongée par les systèmes d’échanges routiers pour ses abords (mais ça vient…) Je me souviens d’un stage dans la région de Fuveau, près d’Aix-en-Provence, les entrelacs des routes enferment les paysages et les villages dans un filet étouffant. J’avais mal pour la terre, la nature, l’impression qu’elle ne pouvait pas respirer à son aise. Aujourd’hui je ressens la même chose à l’approche de Montpellier. Les centres des villes sont difficiles à atteindre, tout comme le centre du Soi-même envahi par l’extérieur, les informations, les publicités, la politique, l’économique. Où pouvons-nous faire silence ?
Il m’est arrivé plusieurs fois, alors que je ne pratique plus « ma religion » depuis longtemps, d’entrer dans une église, pour goûter le silence, faire bruler un cierge, prière inaudible qui se consume dans la flamme vacillante. Aujourd’hui, dans les villages et les campagnes, églises et chapelles sont fermées à clefs, à cause des pilleurs. Le geste spontané et anonyme n’est plus possible, il faut prendre rendez-vous. Il ne reste plus que les cimetières pour se recueillir, pour combien de temps encore… ?
Églises et cimetières sont certainement reliés aux territoires de l’âme dans les rêves. En ce qui me concerne les églises sont souvent en ruines, ou il s’y joue des événements n’ayant plus rien à voir avec le sacré (en apparence du moins). Mais j’ai aussi la mémoire d’églises souterraines, à l’architecture romane le plus souvent éclairées par une lumière très douce venue de je ne sais où.
Entre autres, ce rêve à Veyrins : je découvrais le long de la façade au bord de la route, un escalier inconnu. Cet escalier conduisait à un sous-sol, composé de deux lieux à l’opposé l’un de l’autre. La première porte, sous la chambre de mon grand-père, ouvrait sur une chapelle, sobre, sereine, lumineuse, sans statue, mais à l’architecture très équilibrée, voûte et colonne de pierres…
A gauche une porte ouvrait sur une pièce bric-à-brac, avec des meubles entreposés dans tous les sens, des livres répandus sur le sol, des chaises enchevêtrés, des bibelots en grande quantité. Une vraie caverne d’Ali Baba juste en dessous de la salle à manger.
Je pense à ce rêve, à la vie familiale avec ses fondations profondes et sacrées, et le bric-à-brac de toute vie juste à coté, où l’on peut passer de l’un à l’autre facilement pour peu que se dévoile l’escalier secret.
Aux abords des églises, souvent les cimetières se laissent visiter. Deux rêves reviennent concernant ces lieux. Le premier assez ancien m’a conduite dans un territoire très profond sous terre.
« Il fallait descendre un escalier qui s’ouvrait à l’entrée d’un cimetière jouxtant une vieille église. L’escalier était très raide et interminable il aboutissait finalement dans un autre monde, une ville accrochée au flanc d’une colline surplombant un lac, sur l’autre versant une prairie verte attirait le regard. La ville était complexe, avec une architecture hors du temps, ainsi qu'une magnifique cathédrale gothique… »
Descente aux enfers mythologiques sous la terre, paix et harmonie règnent dans ce lieu.
Le deuxième rêve plus récent se situait à Villemagne Largentière, dans l’Hérault.
« Le parking se trouve au pied du cimetière. Je le visite et ma surprise est grande de voir qu'à chaque tombe une peinture posée sur un chevalet de table à été substituée aux croix et autres stèles commémoratives. Je me demande comment ses peintures ne sont abîmées malgré les intempéries. Chaque tableau est unique et correspond à la personnalité du mort. »
Je ne sais pas le sens de ce rêve. Il est en moi !
Réaction de Colline à ce qui précède :
Oui, Claire, je partage ton attirance pour les chapelles inoccupées, où comme toi je rentre en l'absence de tout office. Plus elle est petite plus je perçois son caractère sacré et je me sens terriblement bien, enfin sécurisée des tourbillons de la vie quotidienne.
Il y a quelques mois, cette petite maison, j'ai rêvé que je l'achetais (Elle est inoccupée, mais mon oncle à 97 ans et vit dans une maison de retraite du coin. Des cousins à lui sont déjà sur l'affaire). C'était un rêve formidable!
L'année dernière, lors de notre voyage chez Colette, ma sœur, nous avons tenu toutes les deux à revoir ce petit bourg. Et particulièrement la petite église au centre du village. Ensemble nous avons marché vers l'autel, sur ces pierres usées où ont marché nos ancêtres. Ensemble nous avons plongé la main dans le fond baptismal, ou peut être ils ont été baptisés. Ensemble, nous avons allumé deux cierges, deux petites lumières, témoins de la prolongation de notre appartenance à cette lignée. Un souvenir très fort me revient.
Le berceau de ma famille paternelle est situé dans un petit bourg près de Parthenay dans les Deux Sèvres. Il s'appelle Pompaire et son souvenir me submerge aujourd'hui. Étonnant que je l'ai oublié lors de l'évocation de ma géographie intérieure.
Toute cette branche de ma famille est issue de ce bourg, ils sont nés là, ils se sont mariés là, ils sont morts là, et enterrés dans le magnifique petit cimetière. Moi, j'y allais en vacances dans la petite maison de ma tante, en bordure de la route nationale, tout près de la forge et du jardin de mon arrière, arrière grand père. Autour, c'était des fermes, des champs séparés par des haies, paysage typique de la région.
C'était fantastique !
Les pays, les continents
photo : Le bouddha rieur noir et blanc
Tout ce qui est extérieur à nous
est intérieur à nous-même
exprimant notre réalité subjective
avec nos symboles, nos paraboles...
Nous pouvons aussi retrouver dans nos rêves, des pays des continents. Ils sont souvent porteurs d’une charge archétypale qui éclaire l’action qui se déroule dans le rêve. Il n’est pas indifférent d’être en Chine, en Russie, en Espagne ou en Angleterre. La Chine jusqu’à ces dernières années était le continent interdit. Pour se rendre en Russie il fallait passer le rideau de fer. L'Angleterre est une grande île, et en Espagne ont construit des châteaux… d'un point de vue français naturellement. Un Espagnol qui rêve de son pays ne projette pas ce que nous pouvons y projeter.
L'Afrique est notre continent noir, mais pour un Africain quel est le continent vierge ? Le continent inexploré ?
Le décodage et l'encodage des symboles n'est pas figé. Ces deux mouvements évoluent au fil des années, voire des siècles, du lieu où l'on se place. Vivant en Europe je sais que l'Europe est très diverse, mais vue des États-Unis n'est-ce pas une entité...
Je ne sais combien de temps il faut pour que la charge archétypale se modifie dans l’inconscient collectif par rapport à l’évolution de la société. Par exemple, il n’y a plus de guerre froide entre l’Occident et la Russie, la Chine ouvre ses frontières, ce n’est pas encore la grande déferlante touristique, mais on peut se rendre en Chine sans difficulté majeure…
Pendant une longue période de ma vie, à intervalles réguliers, j’avais des rêves qui se situaient en Amérique. Je n’en ai pas un spontanément à la mémoire, mais l'ambiance était très originale, à l'avant-garde pour les soins aux malades, par exemple du moins pour le peu que je me souvienne… L'Amérique, c’est mon nouveau monde !
J'ai toujours beaucoup aimé la géographie et l'histoire. Peut-être est-ce pour cette raison que je suis plus attentive à la notion de territoires de l'âme. Le lieu où nous habitons principalement influe certainement sur notre vie intérieure.
Quel peut être la notion du territoire pour quelqu'un qui aurait toujours vécu en ville, un immeuble, un carrefour, un square, un quartier, un parc ? Son rapport à la nature peut-il être le même que celui d'un rural ?
La météorologie des territoires est aussi importante : territoire glaciaire, territoire inondé, territoire enneigé, indiquent différents stades de l'expression émotionnelle. Une émotion qui ne peut plus s'exprimer pour les glaces, il faut un dégel ; l'inondation, au contraire, c'est le débordement la non-maitrise des émotions, ou une invasion de l'activité inconsciente dans le réel.
Quand il neige dans nos rêves, est-ce l'indication d'une émotion qui se fige, ou la mise en repos de sa vie intérieure ?
L'hiver est nécessaire à la vie des plantes, au renouvellement de l'atmosphère. Si dans nos territoires tempérés il ne neige pas, n'y a-t-il pas une recrudescence des épidémies... Le symbole est multiple dans son interprétation, c'est pour cela que les dictionnaires des rêves sont inefficaces dans le meilleur des cas et dangereux parfois. Dans le dictionnaire des symboles, cité au début de cet essai, l'article sur un symbole peut indiquer plusieurs points de vue, culturels, mythologiques, religieux, contradictoires même.
Si on s'intéresse à ses rêves, il faut mettre en place la reconnaissance et la propre interprétation de ses symboles, ses archétypes. Exemple le soleil pour certaine culture est féminin.
Notre langue intérieure est une langue qui se construit avec les analogies et symboles qui reflètent toutes nos influences, nos évolutions.
Tout ce qui est extérieur à nous est intérieur à nous-même exprimant notre réalité subjective avec nos symboles, nos paraboles...
Derniers Commentaires