VEYRINS

Des sentinelles porteuses de gui
veillent sur nos passages :
tantôt courbées vers le Nord
elles déversent l'eau en nos sillons
tantôt ceintes d'Or sacré
elles élèvent vers le ciel
les récoltes de nos bras
les plaintes de nos coeurs

C'est la trouée du poignard
qui saigne dans nos yeux
les paupières encore aveuglées.

Creuset pour nos paysages intérieurs
Terre Natale
tes folies se poursuivent
dans nos plus impénétrables retranchements.
Et ce déchirement inlassable de nos ciels
invoque nos silences et nos colères

Dans la multiplicité de nos vies.
Décembre 1972



Je
ne suis pas moi
mais servante de ma Mère.

J'avance à sa table desservie
et voici que reviennent les plats
les mets savoureux
les boissons enivrantes.

Je suis servante de la Muse
et la Muse me sert,
me gratifie de mille dons.

Les chemins s'installent
s'organisent
sans que j'aie à lever la moindre épée.

Mes douces folies
mes invisibles accords avec la sève montante.

Quel arbre choisir ?
Quel oiseau regarder s'envoler ?

Voici les rêves qui reviennent
et la chienne qui veille à leur porte,
fidèle accompagnante
toujours l'oreille aux aguets
qui montre les dents
pour défendre désespérément leur territoire.

Je ne suis pas moi mais servante de ma Mère.
Cette vérité soudaine, éclatante
illumine de tendresse mes souvenirs et mes devenirs.

Ô Bien-Aimée
que montent à nouveau les chants souterrains
qu'ils transforment nos vies !
Les chants d'Orphée reviennent à ma Mère.

1990


Me vient brusquement une insondable tristesse
un rythme lancinant et doux
 je danse seule sur une biguine imaginaire.

Il y a des chants en moi
des îles luxuriantes
des rondes et des musiques
qui éclatent et j'aimais.

Oh ! combien j'ai mal !
je danse seule sur une biguine imaginaire.
Où es-tu oiseau des bouleversements indéfinissables ?

ô doux Seigneur de mes pensées
vois l'ange dans les collines
ses ailes dans les feuillages
et les ombres dans mes yeux


L'Arbre de Vie.

A la tête du lit, accrochée au mur la tenture multicolore.
- C'est l'Arbre de Vie, me dit-elle.

Déjà j'imaginais les endormissements, la tête posée contre les racines de l'Arbre de Vie et les rêves qui pourraient en surgir.
Ces simples mots ouvrirent en moi un monde incommensurable et sans plus attendre, naïve je décidai d'explorer cet arbre magique dont le feuillage abritait des oiseaux par milliers.
Mais où le trouver ? Suivre quel chemin ?
J'écarquillais mes yeux, guettant le moindre signe, rien !
Cependant le désir demeurait intense en mon esprit, si vif, si nécessaire, si impératif qu'un jour je vis l'Arbre, de mes propres yeux, devant moi, tournant lentement dans le ciel d'azur, ses racines gigantesques s'enracinant dans l'air tendre du printemps.
Planète étrange, accessible d'un simple bras tendu, je réussis à m'agripper à une racine, rampant lentement j'arrivai au pied d'une grande muraille formée par le tronc immense de cet Arbre. Du regard je balayais la surface, cherchant les aspérités qui me permettraient d'accéder au niveau des ramures.
Alors j'entamais ma progression vers le haut, quand, m'appuyant sur le renflement d'une ancienne blessure, s'ouvrit une énorme gueule. Une langue râpeuse s'enroula autour de mon corps et me déposa au fond d'une invraisemblable caverne contenant des milliers de souvenirs enchevêtrés dans les pampres et les vrilles d'une vigne vierge dont les feuilles rouge-sang tapissaient le sol. Au centre, un énorme oiseau noir couvait, reposant sur un cristal sculpté comme un oeuf, à l'intérieur une clef d'or.
Je ne voulus pas m'attarder dans la caverne, je ne me sentais pas encore prête pour partir dans l'exploration des souvenirs à la recherche du temps perdu...
J'ai regardé sereinement tous ces souvenirs enchevêtrés dans les circonvolutions légères des fils de la vigne qui pleurait mais je ne reconnus rien ! J'ai fini par trouver le couloir de chair tendre qui me portait vers l'extérieur, au coeur du feuillage touffu de l'Arbre de Vie.

De branche en branche j'ai pu m'approcher et saluer les oiseaux les plus bariolés, les plus fantasques que la terre n'eût jamais engendrée. Les fleurs incroyables déversaient les plus étranges effluves où se mêlaient les parfums du musc, de l'ambre, avec ceux de la coriandre, de l'épine vinette, de la grande consoude, et même celui de la morelle douce-amère confondu avec le parfum d'un magnifique soupir des anges : la fleur la plus voluptueuse qui m'eût été donnée de contempler. Elle avait un coeur d'or que couvraient deux grandes plumes blanches, lumineuses, qui s'agitaient mollement comme deux grandes ailes. Quand elles se déployèrent largement je pus entrevoir, autour du coeur d'or, de minuscules larmes de rosée qui scintillaient de mille feux.

Depuis cet incroyable voyage dans l'Arbre de Vie, une nostalgie infinie me tourmente, le désir redevient si vif, si nécessaire, si impératif que le temps est proche où je pourrai repartir dans la caverne explorer les souvenirs à la recherche du temps retrouvé.
Par rocheclaire - Publié dans : poésie
Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /2008 09:43

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Texte Libre


DOUCE ET TENDRE AMITIE

liante et reliante
dans cette horizontalité de mots
 - reconnaissance -
savoir que nous sommes de la même essence
du même esprit de la même conduite.

VERTICAL AMOUR
qui me redresse vers les cimes
dans cette relation d'instant absolu
qui m'invite pour le grand voyage
d'accomplissement
au delà de moi-même
à ne plus avoir de référence que Lui
être Un dans le retour



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  • : rocheclaire
  • Le blog de rocheclaire
  • : Femme
  • : 13/03/1946
  • : languedoc-roussillon Béziers
  • : curieuse poète zen vivante conteuse
  • : après une vie active très remplie, tant avec la vie professionnelle, associative et familiale, je retrouve du temps à consacrer à mes rêves d'adolescente, l'écriture, la poésie, la peinture, auxquelles s'ajoute la photo, modestement,

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