Ezéchiel à ma porte
Préambule emprunté :
Quand je parlerai les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis que bronze qui sonne ou cymbale qui retentit.
Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les les mystères et toute la science, quand j'aurais toute la foi jusqu'à déplacer des montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis
rien.
Quand je distribuerais tous mes biens, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne sert de rien.
L'amour est serviable ; serviable est l'amour, il n'est pas envieux : l'amour ne fanfaronne pas, ne gonfle pas ; il ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient
pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de l'injustice, mais se réjouit de la vérité. Il supporte tout, croit tout, espère tout, endure tout.
L'amour ne passe jamais. S'agit-il des prophéties ? Elles seront abolies. S'agit-il des langues ? Elles se tairont. S'agit-il de la science ? Elle sera abolie. Car partielle est notre science et
partielle notre prophétie. Mais lorsque viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel sera aboli.
Lorsque j'étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant. Car nous voyons à présent dans un miroir, d'une manière obscure, mais alors ce sera en face à face.
A présent, partielle est ma science ; mais alors je connaîtrai tout comme je suis connu. Maintenant donc demeurent, la foi, l'espérance, l'amour, ces trois-là ; mais le plus grand de ces trois,
c'est l'amour.
Saint Paul, première épître aux Corinthiens, chapitre 13.
Prélude
Le bouillonnement intérieur s'intensifie
se creuse le corps des ombres
délaissant la poussière des envies
je m'absente de moi-même.
Annonce
Il y eut d'abord ce rêve étrange :
"un convoi mortuaire en pleine Camargue... Les hommes tout en noirs qui suivaient le cortège. Au cimetière un jeune gitanos déclama un poème. Il était si beau que je me suis approché de lui pour
lui en demander une copie.
Je m'appelle Ezéchiel Pall Mall (il prononçait ézéhiiil ).. J'ai su que tous les hommes portaient des noms de cigarettes !
J'ai insité pour avoir le texte, je voulais le publier dans une revue "Puits Nomade".
Il m'a dit qu'il ne pouvait pas me le donner, il ne savait ni lire ni écrire, simplement c'était le coeur !"
***
Ezéchiel à ma porte me tend le miroir des ombres
Ses yeux sombres me regardent intensément
Je perds pied
Un sanglot noue ma gorge
Mon regard se voile de larmes retenues.
Il est là
Déjà je redoute son absence
Je recherche sa présence
Si jeune et moi me tenant au deuxième versant.
Fuir mais comment le pourrais-je ?
Il sait mes tristesses avant que je les formule.
Pieds et poings liés
attendant que le serpent ailé morde injecte le sérum de vérité
Je le saisi en vol.
J'aspire aux eaux calmes et profondes
Elles se creusent en un tourbillon soudain
M'entraînent les yeux ouverts.
Ezéchiel à ma porte me tend le miroir des ombres.
Présence
Les eaux bouillonnantes s'apaisent
Je goûte la conversation d'Ezéchiel
Je reconnais mon visage dans le miroir tendu.
Demeure l'envie persistante de bercer l'ange sombre à ma porte
L'envie de fourrager dans sa chevelure
De le regarder longuement
De surprendre dans ses yeux l'ébauche tendre d'une grimace
D'une interrogation.
C'est l'enfant le jeune frère
L'âme jumelle inattendue - récompense d'un acte inconnu -
Passé ou à venir ?
Ezéchiel me tend le miroir des soleils noirs
Je veille sur ses sourires ses secrets
Tandis que se forgent les creusets des espérances.
Que les nuits lui soient douces !
Lettre
Cher Mercure volatile,
Pardonne moi de t'envahir mais j'ai besoin de verbaliser. Nous sommes condamnés au présent, première constatation. Nous ne pouvons nous projeter dans un avenir biologique et matérialiste. Ce qui
est entre nous demeure en soi. Nous n'avons de réel avenir que sur un plan spirituel, ce qui n'exclue pas la tendresse, mais avec toi je prends connaissance d'un autre domaine que le désir pur de
prendre ou d'être prise.
Je méditais sur tout cela en allant et revenant de l'école cette fin d'après midi.
En fait c'est une grâce qui nous est offerte, à toi, à moi, nous ne méritons rien, nous avons tout. Nous ne devons que vivre ce que nous avons à vivre.
Je t'aime mais écrivant ces mots je ne peut définir de quel amour il s'agit, maternel, spirituel, charnel ? Je t'aime d'amour ou d'amitié ? Comme questionnerait une petite fille qui a le sens de la
nuance en ce domaine.
Bon à part cela je risque de t'envahir, je suis un peu comme ça.
Quand t'en auras marre tu feras signe. Je m'éclipserai sur la pointe des pieds, avec tout plein d'instants sombrement lumineux dans le coeur. Coeur dont le chakra est en confiture, j'ai un point
dans le dos et sur le devant, mais c'est délicieux la folie juvénile. Je renvoie à plus tard la mise en oeuvre de ma sagesse, d'un état où je serais au dessus de toute perturbation sentimentale,
affective et le reste.
Bisous.
La dame argentée.
Déjà tu t'inscris en creux en mon centre
Les mots montent comme sanglots à la gorge :
je ne sais ce qui m'émeut le plus le vertige qui naît des évocations ou toi qui les suscite. Chacun de nous deux exorcise dans le miroir tendu je ne sais quel trop plein de désir, de vie,
d'absolu.
Mère-fils, père-fils, frère ou soeur amour-haine, fille-amante, mère-amante, fils-amant les couples se bousculent à la surface du miroir.
L'enfant sans retenue sans contrainte joue sérieusement entre les murs bordant les avenues du rêve.
Réel charnel il sourit silencieux
Irréel spirituel il s'échappe dans les chakras du temps.
Les saisons de l'âme s'embrouillent après l'automne le printemps au coeur de l'été jaillit les fleurs de givre aux carreaux des fenêtres qui s'ouvrent sur l'infini.
Des mots et des silences qui s'entrecroisent.
Des silences surtout qui enflent la gorge s'illuminent dans le regard sombre : l'enfant-homme dévisage la mère-fille qui ne sait plus, rien d'elle-même qui croyait tout connaître.
Les rêves m'embarquent dans de drôles de trains sans gare pour une destination inconnue laissant sur les quais mes bagages innombrables sans même un baiser de toi pour me dire adieu.
Je pleure sur qui sur quoi ? Illusion des larmes et pourtant l'émotion elle est bien réelle qui creuse ton empreinte en mon centre ô fils amant des sortilèges.
Nuit des silences un rêve oublié...
Je donne naissance en moi à la douce ombre projetée c'est toi et ce n'est pas toi ! Quelque chose de toi en moi que tu as révélé.
Je voudrais que ton regard reste inchangé
que tu ne t'enfuis pas maintenant que les mots affluent en bénédictions soudaines.
Je voudrais que tu oses laisser vivre en toi quelque chose de moi que je t'ai dévoilé sans crainte sns arrière pensée sans blessure.
Mais n'est-ce pas trop demander que de vouloir se tenir ainsi tendres et verticales aux assises de l'Invisible ma main provisoirement dans la tienne avant que tu t'éloignes sur ton propre chemin ou
que je m'absente en une retraite alchimique ?
Cher,
Dans dix ans peut-être je retravaillerai tout ce que je t'écris et tu seras le prince-héros de cette oeuvre alchimique.... En attendant je voudrais que tu ne t'effarouches pas de mes libertés à
t'aimer, à te parler, à t'écrire.
Je te tiens en plus des grands discours dans ma tête. Mais ça je gère. Je voudrais t'expliquer les entrelacs de nos vies.
Tu es toi et ce qui se passe dans ma tête te concernant tient plus d'une projection effective de ma part que ta réalité. C'est pourquoi il ne faut pas que tu aies peur de mes débordements, c'est
l'oeuvre créatrice en marche, dont tu es à la fois l'inspirateur et le témoin.
Je t'embrasse.
La dame argentée.
J'ai reconnu dans tes yeux sombres Ezéchiel en moi
J'ai reconnu sur ta peau ambrée la fuite du temps
Dans tes cheveux j'ai promené mes mains câlines
Et j'ai laissé dans ton cou tiède mes folies douces-amères
Tu t'en vas
Les dents encore agacées par la morsures des impossibles
Les abysses s'ouvrent aux plus profond de mes yeux
Ezéchiel m'attend silencieux reposant sur le côté gauche
En pénitence de mes nombreux péchés le coeur déchiré
Quelle est cette nourriture impure qu'il lui faut ingérée
Avant de cracher le grand livre des vérités pas bonnes à dire
Je t'aime hors du temps ta peau n'a pas d'âge
Je t'aime hors du temps tes yeux n'ont pas d'âge
Miroir absolu ton regard se voile
J'ai laissé dans ton cou tiède mes folies douces-amères
Empreintes indélébiles tu les reconnaîtras sous tes doigts
Arlequin des ténèbres qui joue des ombres contre la lumière
Elle te fait peur dans sa nudité
Tu invoques Oedipe à ton secours
Qui accourt trop heureux de réaliser la prophétie
Quitte à t'engloutir dans les rêves inaccomplis
Des entrailles de la terre des boues de feu et de glace
Se déversent sur des rivages désertés
La mer qui sans cesse revient des lointains invisibles
Caresse les blessures du temps des enfances tragiques
Sans croire véritablement qu'elle pourra les cicatriser
Les enfances ne se laissent pas faire d'ailleurs
Elles préfèrent s'échapper que d'avoir à recommencer
Tu t'en vas
Les dents encore agacées par la morsure des impossibles
J'ai laissé dans ton cou tiède mes folies douces-amères
Tu te souviendras contre ta volonté
Que l'âme peut se faire chair
Les mères et les filles ne t'épargneront plus
Que tu n'aies abandonné dans leurs bras tes ombres désespérées
Les phallus éjaculeront leurs pâles semences dans tes draps
L'épiderme n'est pas la chair il n'en est que la surface
Tu te souviendras contre ta volonté
De mes mains câlines dans tes cheveux
Je t'aime hors du temps ta peau n'a pas d'âge
Enfant sauvage qui n'est pas Mon enfant
Je t'aime hors du temps mes yeux n'ont pas d'âge
Miroir absolu je ne suis pas TA mère
Je t'aime je t'aime je t'aime je T'AIME
Et mes mots résonneront en toi l'éternité d'une rencontre
Ils s'inscriront dans tes rêves de boues de sang de sperme
Tu as réveillé en moi la sorcière des enfances tragiques
Il ne fallait pas appeler Oedipe à ton secours
C'est le loup des forêts vierges qui dévorent les grands-mères
Et les enfants sauvages
Tu te souviendras contre ta volonté
Que l'âme peut se faire chair
J'ai laissé dans ton cou tiède mes folies douces-amères
Miroir absolu tu trouveras dans mes yeux tes rêves inaccomplis
Arlequin des ténèbres qui joue des ombres contre la lumière
Cher jeune prophète
Tu as l'art de susciter en moi des mots qui parlent de toi et de moi, mais sur d'autres plans, d'autres espaces. Cette fontaine qui s'échappent de moi m'impressionne autant que ta présence.
Je ne sais quelle eau précieuse pourra jaillir de cette tourmente que tu suscites. Ta présence est réconfort de ce creux en moi qui te nome, mais ton absence est plus créatrice encore.
Quelle mythe se rejoue ainsi ? Nous sommes miroir l'un pour l'autre, il est certain que ce que nous avons à nous révéler l'un par l'autre n'est pas du même domaine, à moins d'un miracle... Mais
cette tourmente que nous vivons l'un par l'autre possède aussi ses grâces.
Tu dois les accepter, simplement ne plus avoir peur parce que je pense que de même que tu m'ouvres des mondes invisibles, je peux tout aussi sûrement te donner naissance dans le visible, je ne sais
comment, mais j'ai cette présomptueuse certitude en moi. Mais pour cela il faut que tu prennes le risque de lâcher prise derrière tes masques et me faire confiance.
J'ai accepté le risque de t'aimer, et le faisant j'ai pris le risque du ridicule, j'ai pris le risque d'être blessée et blesser, j'ai pris le risque du silence à venir. Je n'ai aucun mérite à cela
ma voie est amoureuse.
Quels sont les risques que tu acceptes aussi ? Que j'annule tes repères papa-maman ? Est-ce cela qui te tourmente ? Je sais qu'il y a une espèce d'inflation des mots qui s'installe en moi, mais
cette folie acceptée est nécessaire pour passer d'un plan à un autre.
Je mérite l'oeuvre alchimique m'as-tu dit récemment, mais toi aussi peut-être, ne veux-tu pas t'apaiser ? Te balancer dans les eaux profondes de la mer-Mère ? Je sais ce n'est pas très facile. Mais
j'ai des appuis et tu peux indirectement en profiter.
Si ta part d'homosexualité est bien réelle en toi, ne veux-tu pas en faire autre chose qu'un combat dérisoire contre des chimères tout en ne niant pas tes ombres ?
Si ta part d'homosexualité n'est qu'un masque, ne veux-tu pas que je t'aide à découvrir ton vrai visage ? Tu as peur de quoi ? Que je te désires ? Que tu me désires ?
Pour l'instant même dans mes jeux matutinaux ce n'était pas un désir frustré qui les animait. L'idée m'effleure mais l'émotion de ta présence au creux du ventre, n'est pas une émotion sexuelle. Et
pourtant je sais que je t'aime, et je ne sais comment nommer cette joie, cette peine, cette folie. Mais faut-il réduire tout sentiment à une explication rationnelle ?
Je t'aime, peu importe ce que cela recouvre, l'important c'est l'amour. Le contact de mes mains sur toi m'apaise, c'est purement égoïste de ma part. Aussi je peux en faire abstraction.
Accepter que la culpabilité s'installe en toi, croyant ne rien donner, est une manière de plus de ne pas prendre de responsabilité. Qu'est-ce que tu sais de ce que tu me donnes réellement, crois-tu
que je sois de celle qui se laisse vampiriser pour une petite révélation à cinquante balles !
Non jeune prophète, crois-moi si je reste en face de toi, si je ne prends pas mes jambes à mon cou, c'est que je sais que j'ai tout à y gagner ? Acceptes qu'il puisse en être de même pour toi. Et
torturons-nous joyeusement, allègrement, sans remord, lucidement. Ce qu'il y a à découvrir au bout de ce chemin vaut vraiment la peine de l'acceptation de cette grâce toute platonique dorénavant !
En attendant que tu retrouves tes esprits.
Bises purement littéraires.
Kundalini
Je ferme les yeux
Tu apparais derrière mon front
Dansant
Les bras levés
Encadrant ton visage
Au sourire éclatant.
Ta bouche grande ouverte
Sur tes dents blanches
Tes hanches ondulent
Sur les notes cristallines
Des cymbalums.
Ô les rires et les chants en toi
Tes folies et tes détresses
Qui jaillissent
En des pas endiablés
Sur le sable mouillé
Danse danse jeune prophète
Les rondes cosmiques
Le souffle divin
Danse danse
prince des torrents qui bondissent entre les rochers
Ô vision printanière du jeune Pan
Surgissant des déserts hivernaux
Tes pas frappent le sol en cadence
Réveillant le feu lové en ses profondeurs
Une chaleur monte en moi
En des flammes
Qui lèchent mes chairs les plus intimes
Le serpent se déroule lentement doucement
Danse danse danse encore
Les cercles magiques qui découpent les ombres
Éblouie je pleure
Avec tes rires dans mes yeux
***
Berceuse pour un jeune berger désorienté
Dors dors ô mon enfant tragique
que derrière les cheveux sur ton front
se taisent les tristes suppliq
ues qui déchirent toujours tes chansons
Dors dors ô mon enfant sauvage
que tes rêves désormais s'ouvrent
sur les regards des enfances sages
qui s'émerveillent des aubes pourpres
J'implore pour toi mon enfant des détresses
la madone des ombres et des lumières
qui recoud les déchirures des ivresse
ne craint rien elle exauce toujours mes prières
Dors dors ô petit homme tragique
que les ténèbres orageuses fascinent
elles te cachent les nuits magiques
des pas dans les landes de Mélusine
Dors dors ô petit homme sauvage
que l'océan qui gronde dans tes tempes
s'apaise aux langueurs des rivages
qui chinoisent dans les brumes des estampes
J'implore pour toi petit homme des détresses
la madone des ombres et des lumières
qui absout les sanglots des ivresses
ne craint rien elle exauce toujours mes prières
Dors dors Arlequin de mes nuits sans sommeil
funambule qui esquisse sur le fil des rasoirs
les pas détournés des fées
qu'il réveille au balancier rouge et noir des désespoirs
Que mes pensées t'enveloppent tendrement
et puis je garderai si tu le veux
toutes les larmes de tes yeux
pour les pluies à venir des enchantements
Dors dors mon messager ténébreux
les cartes du drôle de destin
qui s'échappent de tes mains
j'en ai défait tous les noeuds
Dors dors
j'aime tes ombres dans mes yeux
tes soupirs les sanglots
que tu retiens
tes détresses tes ivresses
quand tu reviens
je les garde encore pour nous deux
La madone qui exauce toujours mes prières
multipliera les étoiles dans nos cieux
pour que nous allions dans leurs chemins en creux
quand tu te laisseras bercer petit frère
Chut ne dis plus rien
demain il fera jour
Dors dors en pensant à notre amour
qui était qui est et qui sera
même si jamais il ne froissera tes draps
Dors dors petit père ne dit plus rien
demain il fera encore jour
que mes rêves s'allient aux tiens
dans tes nuits sans atours
Qu'ils en écartent les rondes méchantes
des diables des djinns des gredins
qui voudraient bien que tu les hantes
dans les fourrés épineux de leurs jardins
La berceuse se fait monotone
et déjà tu t'endors
A demain dors dors mon enfant d'or
***
J'aime que tu m'aimes sans oser vraiment me le dire
j'aime que tu me désires feu follet des ombres
j'aime tes aller et retour
tes éloignements soudains
et le vague dans tes yeux quand tu reparais
Tu joues et tu ne joues plus
Tu veux et tu ne veux plus
Tu as peur
et puis soudain tu t'apprivoises en m'apprivoisant
J'aime l'éternité qui nous est offerte
quand nous lézardons au soleil d'avril
les yeux dans les yeux dans les escaliers de pierres
J'aime la fraîcheur de tes mains sur ma nuque
et qui remontent dans mes cheveux
et ton souffle si proche
Je suis bien
Silencieuse au creux de tes bras
Enfin
J'aime quand nous évoquons
nos possibles escapades
nos possibles grands frissons
demain ce soir dans dix ans qu'importe
La fête est déjà en nous lovée
en nos centres elle jailira sous nos doigts
sous ta langue sur nos peaux
en spasmes de feux dans nos souffles conjugués
J'aime que nous sachions tous les deux
Et même si nous avons fait que rêver
que demain est un nouveau jour
Saturne est avec nous
il joue avec nos âmes jumelles
J'aime le jeune Pan
qui fuit et qui revient plus sombre plus lumineux
Tandis que la lune veille dans nos cieux
où Pluton le barbare s'alanguit amoureux
Nous avons quinze ans tous les deux
Nous sommes amoureux
***
Ô je chanterai à jamais la Rencontre
celle qui vous déchire dès l'instant qu'elle vous éblouit
Je savais déjà que naissance se fait dans la douleur et l'émerveillement du premier cri
Ne plus respirer ne plus exister
Retourner dans les limbes intemporelles qui vous cachaient jusqu'à cet instant
Mourir parce qu'il est trop d'aimer trop de ne plus être que par le regard de l'autre
trop de ne plus être que par l'émotion de l'autre
de n'avoir plus de corps que dans la caresse précise
celle que l'on donne celle que l'on attend
Mourir d'attente parce qu'il est trop d'aimer
trop de ne pouvoir se retourner
a captation est accomplie
Attendre alors que tout s'apaise
Les mots les corps les regards le souffle désaccordé
Et retrouver l'instant lumineux
du premier regard du premier mot du premier baiser
alors qu'il n'y avait qu'à espérer
Et retrouver l'instant lumineux avec en plus
la profondeur qu'accorde la douleur acceptée
Je ne m'échapperai pas
J'ai tout à réapprendre comme à chaque fois
C'est là dans cette folie que se dresse ma croix et ma renaissance
***
Mercredi matin,
Il est trop tard, je t'aime et je t'aimerai encore.
Tu pourras essayer de te rendre détestable par tous les moyens, je t'aimerais.
Tu pourras t'absenter, fuir, jouer les clowns tristes, sortir de ton chapeau claque toutes tes ombres les plus ténébreuses, je t'aimerais encore.
Tu pourras jouer les machos pour qui la femme doit-être d'abord soumise, tu pourras m'ignorer, courir d'autres aventures, d'autres amours il est trop tard je t'aime, je t'aimerais.
Tu parles de deux bulles dans une grande bulle.
Peut-être ne suis pas dans ta bulle, mais pour ma part je sais que tu es déjà dans la mienne.
Oui je sais tu n'y es pas tout seul !
Il y a encore et toujours les hommes que j'ai aimé et que j'aime encore, même absent, même mort.
Je crois que je finirais par les oublier, par les détester... mais régulièrement leurs silhouettes réapparaissent en moi, les heures douces vécues ensemble, les déchirures, ils restent là !
Même mon compagnon, que je n'arrive pas à quitter malgré tous ses défauts, je ne me souviens que de ses qualités ! Il en est de même pour toi, il en sera de même. Dussès-je t'aimer en silence.
Je l'ai fait pour d'autres !
Tu es en moi, je le sais maintenant. Je connais mon fonctionnement, quand je donne c'est sans retour, sans reprise.
"Il n'y a pas d'amour heureux, mais c'est notre amour à deux".... je fais miennes les paroles d'Aragon.
Je ne sais vivre le divin qu'à travers les autres, l'Autre....
Tu as soulevé une grande tempête en moi, tu n'y peux rien. C'est la vie ! il fallait que je te rencontre : tu n'as pas vraiment choisi de venir vivre à ma porte, il se peut que tu choississes très
vite de repartir.
Mais cela ne changera rien pour moi ! Je vieillirai peut-être un peu plus vite, je rentrerai dans le grand silence alchimique, peut-être malgré moi, peut-être sans longue préparation, sans
apprivoisement de ma solitude, mais je t'aimerais.
Mon discours peu apparaître égocentrique. Il parle de moi en parlant de toi, mais qui puis-je ? Je pourrais encore te parler de tes ombres, encore de tes lumières, mais je n'ai plus envie de
parler...
Tu es ce que tu es, je t'aime, je t'acceptes tel quel.
Tu suscites mes larmes, tu suscites mes rires, tu suscites mes tristesses, tu suscites mes tendresses, mes mots qui n'en finissent plus de vouloir s'échapper de moi : tu finiras par te lasser de
les lire.
Mais je t'aimerais encore ! L'attention, les sentiments, l'amour que je te porte même avec leurs maladresse, tu ne peux pas me les enlever. Ils ne sont pas caprices de femme vieillissante, tu es
partie intégrante de ce travail alchimique que je conduis. Je n'ai pas eu le temps de t'en demander la permission : "ça m'appartient !"
Pour ma part je ne sais ce qui m'appartient, ce qui est moi, ce qui est l'Autre.
Prothé peut-être ? Oedipe ? Pigmalion, Diane ?
Tu peux faire défiler tout le Panthéon, ça ne changera rien !
Tu pourras bien, nommer, décortiquer toutes tes passions, toutes tes folies, et par miroir les miennes, ça ne changera rien ! Pour ma part je dis simplement C'EST !
Je t'aime
La dame argentée.
***
Dans la chapelle
au coeur des folies
s'élèvent les voix magnifiées
insolites et multiples
Les vibrations nous pénètrent
ta main si chaude en son creux tient ma main
L'extase nous frôle nous sommes si humains
Ces voix si charnelles si totalement angéliques
nous ouvrent la voûte des cieux entremêlés
- unique- dans les sons suspendus
nos corps se dilatent s'interpénètrent
nos bulles fusionnent à l'intérieur de la grande bulle de nos vies un instant accordées
Tu respires lentement en fermant les yeux ton visage pâle reposé
reflète la transparence des vertiges divins
Je rêve d'une union tantrique où
l'un dans l'autre sans mot sans mouvement
totalement confondus monterait en nous sublime l'orgasme cosmique
Et puis il faut bien redescendre
quelques frites chaudes un café dans un bar
quelques propos dérisoires échangés aux tables d'à côté
nous revenons par la rue de la République éventrée
offrant ses entrailles boueuses en dessous des passerelles provisoires
A la surface de ma peau court encore les chaudes résonnances
A peine le temps de boire un verre d'eau tu t'enfuis
pour je ne sais quelle raison
La journée fut trop chargée en émotions multiples
Le jeune prophète a eu peur de leurs sortilèges.
***
L'enfant à la triste figure
a trop donné à la dame de ses pensées
qu'il ne sait plus qui il est d'où il vient où il va.
La gargouille lui crache ses ombres
et de cette effroyable grimace
il ne sait plus s'il doit en rire ou en pleurer.
Il voudrait s'éloigner
Mais où ? Quand ? Comment ?
Que peut faire la dame auprès de l'enfant ?
Ne rien dire attendre que les ombres s'éloignent d'elles-mêmes.
La berceuse a perdu ses charmes
l'enfant a grandi trop vite sans pouvoir revenir sur les enfances perdues.
Hein ? dit-il en penchant la tête doucement.
La dame l'a fait chevalier en sa cours d'amour
mais que sait-il des dépassements réparateurs ?
Que sait-il des abandons sans conditions ?
L'enfant qui n'est plus un enfant
l'enfant qui n'est pas encore un homme
qui ne sait être patient avec lui-même
qui donne tout, trop à la dame
- chevalier en sa cour d'amour-
qu'il ne sait plus qui il est d'où il vient où il va.
La lune se reflète dans le bassin des ombres.
Les chiens aboient
l'enfant pendu par un pied attend les renversements
soudain songeur
au pied de la tour décapitée par un éclair.
- Avoir les pieds sur terre n'est pas commode, se dit-il.
Il se rêvait dans la cour d'amour
chevalier en dentelles noires les ombres l'ont rattrapé.
- Allons viens ! lui dit sa dame.
- Non ! pas ce soir je suis fatigué.
***
Restauration de l'oeuvre d'amour.
Le jeune prophète surgit en une vision
- enfant sauvage qui proclame un chant funèbre -
devenait ainsi la source inspirante de la dame
devenait son souffle
mots s'écoulant en langues de tendres feux présent d'éternité au coeur de la cour d'amour Les yeux plus sombres que jamais le jeune prophète se retourne encore sur les espaces maudits de l'enfance
trompée détournée des insouciances printanières dans les interdits majeurs et destructeurs où les désirs n'étaient que jeux cruels et les gestes captation sans tendresse de son corps croissant
Il erre encore en recherche sauvage d'un assouvissement rituel qui exorciserait à jamais les diables père-mère
La dame et le jeune prophète deviennent chacun gardien l'un de l'autre des jardins intérieurs où se réfléchissent les phantasmes lunaires dans le miroir des regards silencieux
Gardiens l'un de l'autre leur coupe d'affection déborde et se renverse dans les conversations de la chambre close, reconnues acceptées incorporées, les ombres se dissipent
L'enfant homme se reprend à rêver
la dame change en mots magiques les turgescences joyeuses du désir
La coupe vide se transmue en un Calice d'or
réceptacle des semences futures
Ezéchiel s'apaise s'endort dans des rêves étranges
A la portes de Gengis Khân sa dame promène son ventre de femme enceinte et lui une tendre verge dressée
La Vie ne peut plus se cacher
elle repose dans la fleur jetée au fond du bassin des transparences
où se contemple le jeune Narcisse
sans savoir qu'il en est la fleur les tourments et les baisers
FIN
Par rocheclaire
-
Publié dans : poésie
Mardi 28 octobre 2008
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